CIFAT - Centre Interrégional de Formation à l’Analyse Transactionnelle

Etats du moi, transactions et communication

Présentation écrite par Brigitte Muller.

Agnès Le Guernic, TSTA dans le champ éducation et auteur de ce livre, l’a offert à la bibliothèque ASAT-SR, peu après sa parution, fin 2004, chez InterEditions et je l’en remercie à nouveau ici. Il sera d’une grande utilité pour les praticiens et pour les enseignants et plus particulièrement encore pour ceux et celles qui travaillent en champ éducation et en champ conseil.

Je trouve que ce livre porte bien à la fois son titre son sous-titre :
- Son titre : Etats du moi, Transactions et communication car il présente de manière très claire, complète et souvent innovante des concepts liés à la communication et en cela il peut servir d’ouvrage de référence pour les étudiants et enseignants en AT.
- Et son sous-titre : Savoir enfin que dire après avoir dit bonjour !, car une grande part est faite à l’application pratique et aux options que ces concepts permettent de développer dans la communication. Le lecteur voit tout de suite comment s’en servir grâce aux nombreux exemples et peut l’expérimenter grâce aux exercices proposés tout au long du livre et à la fin.
Il est écrit de manière vivante et compréhensible pour tous ce qui est agréable et permet de le recommander aussi aux personnes qui ne connaissent pas ou peu l’AT et qui veulent comprendre ce qui se passe dans leurs relations et les transformer positivement.

L’auteur nous invite d’emblée à ouvrir notre cadre de référence en se servant de deux approches, l’AT et l’école de Palo Alto, tout en les respectant et en relevant ce que chacune apporte à compréhension et à la facilitation de la communication.

Comme le souligne l’auteur, ces deux approches parfois se rejoignent (Recadrage, disqualification et dévalorisation et signes de reconnaissances, par exemple) parfois se complètent : (rôle social et position de vie ; position haute ou basse et Okness), ce qui nous amène à élargir la réflexion et questionner la pratique. « Dans les deux approches, on ne cherche pas de coupable, le postulat étant celui de la coresponsabilité, on regarde comment le système fonctionne. Ce sont les manières d’intervenir qui seront différentes. » L’AT a l’avantage, souligne encore l’auteur, de favoriser la prise de conscience qui permet d’agir sur la relation en modifiant volontairement certains paramètres de la relation, de repérer et changer les modes de fonctionnement relationnels répétitifs, voire pathologiques. Elle privilégie la relation égale et l’autonomie. Les états du moi donnent ce plus qui permet de comprendre les besoins concernés.

Et chemin faisant, au fil de la lecture, nous rencontrons, tout naturellement, Watzlawick, Bateson, Erickson, Berne, Steiner, Fanita English et d’autres dont Agnès Le Guernic nous partage si clairement les apports que l’on se sent intelligent à « ...l’écouter », allai-je écrire, car c’est cela dont j’ai eu l’impression tout au long de ma découverte de ce livre : écouter un professeur qui sait captiver et transmettre un sujet qu’il connaît parfaitement à la fois théoriquement et pratiquement.

Le Groupe de Palo Alto auquel l’auteur consacre la première partie de son ouvrage ne s’intéresse pas au « Pourquoi ? ». « Paul Watzlawick a affirmé à plusieurs reprises ne pas chercher la prise de conscience du client. Il choisit d’agir sur le système dans lequel se trouve le client. L’intervention consiste en une préconisation. Les clients n’apprennent rien, mais ils sortent du piège. Cela leur suffit. Ils oublient même qu’ils ont eu des problèmes. Le client est en position basse par rapport au thérapeute. Il reçoit des instructions pour mettre fin à sa souffrance et les applique. L’attention du praticien ne se porte pas sur la personnalité de l’émetteur et du récepteur, mais sur leur relation qui se déroule dans le temps. Les interventions se font sur le système, couple, famille, organisme, sans rechercher la prise de conscience des individus. ...Cette approche est intéressante pour comprendre le jeu social, les rôles, les systèmes de complémentarités et de compétition, les imprévus de la communication. » En cela, je lui trouve un intérêt particulier pour les conseillers et les professionnels en champ éducation.
De cette approche de Palo Alto, Agnès Le Guernic a choisi de présenter certains outils particulièrement pertinents pour la communication et quand et comment choisir de les utiliser de manière opportune. J’en cite quelques uns :
- la métacommunication ou communication sur la communication
- les messages paradoxaux en se gardant des dangers de la double contrainte
- le recadrage : « modifier le cadre en incorporant des éléments nouveaux qui changent la signification de la situation généralement en en montrant les bons aspects » (= exemple de définition claire donnée dans le livre).
- les niveaux verbaux et non verbaux ou langage analogique ou digital
- le choix d’une position haute ou basse dans la relation, d’une relation égale ou relation inégale.

En ce qui concerne l’AT, Agnès Le Guernic a suivi la même démarche en y consacrant de plus longs développements. Après avoir abordé le rôle des états du moi dans la communication et la manière de structurer le temps, elle présente de manière très complète l’analyse des transactions, et notamment les transactions symbiotiques émanant du Parent ou de l’Enfant. Avec un florilège : transactions simples et/ou complémentaires en relation égale ou inégales ; transactions croisées ; transactions à double message ; transactions angulaires et les transactions particulières comme celle du pendu, « panoramique » ou « boule de billard ». Les connaissez-vous toutes ?

L’intérêt est surtout qu’elles sont présentées de manière systématique, avec différents états du moi récepteurs ou émetteurs, avec la manière de les diagrammer, leurs effets sur la relation, leur utilisation possible, ce qui fait, à mon avis, de ces chapitres une référence en la matière.

Si l’auteur consacre autant de place à la manière de repérer les différentes sortes de transactions, c’est parce que, nous rappelle-elle, cela permet d’analyser les échanges, contenus et processus et d’identifier les quatre sortes de relations piégées : la relation symbiotique, le parasitage, les jeux psychologiques, les jeux de pouvoir.
Et surtout ajoute-t-elle d’apprendre comment s’en dégager. Et là, le lecteur n’est pas déçu car les options proposées sont concrètes, leur impact évident, ce qui donne envie de les mettre en pratique tout de suite. Il ne s’agit pas pour autant de solutions magiques et l’auteur en montre aussi bien les avantages que les inconvénients et les limites. L’intérêt principal de ce travail d’analyse est donc non seulement « de comprendre ce que l’on fait et l’effet produit, mais on peut aussi imaginer la suite. Anticiper permet de modifier le cheminement de l’échange ».
Le dernier chapitre développe d’autres moyens de transformer sa communication et élargir l’éventail des choix aussi bien en tant que professionnel que dans la vie courante. L’auteur aborde ici les questions comme :
- comment communiquer nos émotions,
- discordances entre positions de vie et rôle professionnel ;
- comment réagir face à une personne qui est dans une position existentielle sous l’effet du stress ;
- les huit interventions Adulte d’Eric Berne, là aussi un apport clair particulièrement profitable aux praticiens en champ éducation et conseil.
- la question de l’influence : savoir-faire professionnel manipulation et stratégie qui nous questionne sur notre manière d’inter-agir professionnellement.

Ma critique irait à la forme : j’ai été gênée de ne pas trouver de structure plus apparente (pas de numéro de paragraphe par ex.) pour situer et retrouver plus facilement les notions abordées. Cependant, lorsqu’on s’est familiarisé un peu avec l’ouvrage, on repère sa structure très didactique et j’ai aimé particulièrement le petit paragraphe final intitulé « Quel est l’intérêt de cette notion ? ».
Personnellement, m’étant plongée ce livre à un moment où la vente d’une maison de famille rend les relations tendues, j’ai pu mettre en pratique immédiatement ce qui m’avait intéressé certaines options : choisir d’adopter la position haute à certains moment (organiser rapidement l’estimation de la maison) ou la position basse (laisser le choix des principales agences immobilières) ce qui a évité des montées en compétitions pénibles et inutiles ; choisir d’utiliser le méta-langage lorsque des discussions tournaient en rond ; repérer les disqualifications et dévalorisation de part et d’autre, et en tout temps choisir de redresser la barre...ou non.

Pour conclure, je laisse la parole à Agnès Le Guernic : « Une des voies du changement est la psychothérapie, une autre est l’apprentissage. La première nous conduit à décider de dire « Bonjour ! », c’est à dire de rencontrer l’autre en prenant le risque d’être rejeté, la deuxième nous permet de trouver que dire et que faire après avoir dit « Bonjour ! » pour mieux vivre ensemble en communiquant mieux les uns avec les autres. Je vous souhaite bon voyage dans ce monde d’histoires ! »

Brigitte Muller, Article publié par la revue suisse d’Analyse Transactionnelle « Métamorphose »